Paru en 2020 au Japon et composé actuellement de quatre tomes (série en cours), Say Thank You aussi connu sous le nom de Nikaidō Kō Tanpenshū – Arigatō tte Itte, arrive en France grâce aux éditions Nobi Nobi. Kô Nikaidô est également à l’origine de sous la pluie avec toi.
Droit d’auteur : Ko Nikaido / Kodansha Ltd.

Un recueil doux et touchants
Say Thank You est un recueil de sept histoires courtes, toutes publiées entre 2018 et 2020 au Japon. Ce manga se distingue par sa capacité à capturer l’essence des émotions humaines à travers des récits simples, sincères et profondément touchants.
Chaque histoire met en scène une relation amoureuse, mais pas forcément de celles que l’on voit dans les romances classiques. Ici, l’amour est parfois réciproque, parfois non partagé, parfois tu, ou encore passé. Ce sont des fragments de vie, des rencontres, des confessions timides, des adieux silencieux, ou des sentiments enfouis qui peinent à trouver les mots pour s’exprimer.
Un amour interdit
Parmi les sept récits du recueil Say Thank You, l’une qui m’a le plus marqué est le deuxième : « J’aime mon professeur ». Dès le titre, on comprend le thème abordé. Et pourtant, ce n’est pas une histoire de romance facile ou clichée. Grâce au trait fin et subtil de Kö Nikaidô, le récit prend une tournure à la fois délicate et poignante.
L’histoire suit une jeune lycéenne qui rend visite à son professeur. Elle est clairement animée par des sentiments amoureux, bien qu’ils ne soient jamais exprimés directement. Tout passe par les détails : un repas soigneusement préparé, un regard insistant, une attente silencieuse. Ce qu’elle n’ose pas dire, les images le suggèrent avec force.
De son côté, le professeur reste distant. Il perçoit les intentions de la jeune fille, mais garde ses distances. Il sait que ce genre de relation est impossible, interdite, et tente de rester professionnel. Après un moment d’hésitation, il la raccompagne chez elle. On devine la déception dans le silence qui suit.
La dernière scène nous transporte quelques années plus tard, à une réunion d’anciens élèves. Le professeur est présent, entouré de visages familiers. Parmi eux, la jeune fille est là, devenue adulte. Elle retrouve son ancien professeur, cette fois dans un autre contexte, avec une nouvelle maturité. Le chapitre ne dit rien explicitement, mais le non-dit est chargé de sens.
Ce récit se distingue par sa pudeur, sa subtilité, et surtout par la force de ses illustrations. Tout est dans les regards, les gestes, les silences. On ressent profondément ce que vivent les personnages, sans qu’il soit nécessaire de mettre des mots dessus. C’est une histoire courte, mais qui laisse une empreinte durable, avec ce petit nœud à la gorge qu’on garde jusqu’à la dernière page.


Un amour naissant
La dernière histoire se distingue non seulement par sa longueur, mais aussi par sa profondeur émotionnelle.
On y suit deux jeunes adultes, sur le point de terminer leurs études. Voilà six mois qu’ils vivent une relation douce, discrète, pleine de retenue. Leur amour est encore naissant, parfois maladroit, mais sincère. C’est un couple au tout début de son histoire.
Ils décident alors de partir ensemble en voyage en Allemagne, une première vraie aventure à deux. Ce départ soulève des questions, des doutes, des émotions nouvelles. Un moment de bascule survient lorsque Takkun, le garçon, tombe sur des distributeurs de jouets pour adultes. Un détail anodin, mais qui déclenche en lui un tourbillon de pensées, de confusion, de remise en question. Où en sont-ils vraiment dans leur relation ? Sont-ils prêts à franchir certaines étapes ?
Pourtant, ils n’ont même pas encore échangé leur premier baiser. Et c’est ce contraste entre leur pudeur et la pression du monde extérieur qui rend cette histoire si juste, si humaine. Ce voyage devient un moment d’exploration, non seulement géographique, mais aussi émotionnelle et intime. Ils apprennent à se connaître, à se découvrir, à se rapprocher, toujours avec une infinie douceur.
Comme dans tout le recueil, rien n’est forcé, tout est suggéré avec finesse. Cette dernière histoire illustre à merveille la fragilité et la beauté des débuts amoureux, dans ce qu’ils ont de plus sincère et de plus universel.