Avant propos
Paru pour la première fois au Japon en 2010, Sutures (Kai, Sasu) est un recueil d’histoires courtes signé Hirokatsu Kihara, déjà connu pour Escadrille des Nuages (2001). Pour cette œuvre, il est accompagné du maître de l’horreur Junji Ito, qui en assure les illustrations et donne vie aux visions cauchemardesques de chaque récit.
Publié en France pour la première fois en juillet 2025 par les éditions Mangetsu, ce roman illustré de 128 pages rassemble dix histoires : neuf nouvelles horrifiques, suivies d’une dixième au format manga.
Droit d’auteur : © 2025 Hirokatsu KIHARA, JI Inc

Un second visage
Après plusieurs années passées dans une grande ville, les A décident de tout quitter. Direction la campagne… ou plutôt, une petite île isolée. La mutation professionnelle tombe à pic, comme un déclic. L’endroit est luxuriant, paisible. Les voisins sont rares. Tout semble parfait. Un vrai paradis. Mais le bonheur ne dure jamais bien longtemps
Un matin, l’homme se lève. Sa femme, d’ordinaire déjà attablée au petit déjeuner, n’est pas là. Il la trouve finalement, assise, le regard vide. Silencieuse. Immobile. Étrangement absente. Sans un mot, elle se lève et quitte la maison. Il la suit… jusqu’au cimetière. C’est la première fois qu’il s’y rend.
Là, elle s’effondre. Et lui découvre l’impensable. Dans le creux de son cou, une masse a surgi. Une grosseur… mais pas une simple tumeur. Quelque chose y prend forme. Un visage.
Un dernier cliché
T est un étudiant comme les autres. Rien ne laissait présager que cette année changerait quoi que ce soit à son quotidien. Pourtant, un projet inattendu anime bientôt l’université : plusieurs clubs s’unissent pour organiser un stage d’échange inter-facultés.
T se voit confier un rôle simple, mais qu’il adore : photographe officiel de l’événement. Il capture chaque instant, chaque visage, chaque souvenir.
Le jour du rassemblement, les organisateurs proposent une danse folklorique pour clore la journée. L’idée divise, mais tous finissent par s’y prêter… ou presque.
Assise à l’écart, une jeune femme attire tous les regards. Belle à couper le souffle. Silencieuse. Immobile. T l’a déjà photographiée plusieurs fois, fasciné par son aura presque irréelle. Ce soir-là, il se sent prêt à l’aborder. Prétexte tout trouvé : lui remettre les clichés. Et, qui sait, obtenir son contact. Peut-être plus.
Mais au moment où il s’approche de la piste de danse… elle a disparu. Sans un mot. Sans laisser la moindre trace.


Les baisers du placard
N est en troisième année d’école élémentaire. Un matin, en se réveillant, elle remarque quelque chose d’étrange : son armoire a changé. Habituellement sombre et banale, la surface de la porte est désormais blanche, lisse, presque comme une toile de papier.
Intriguée, elle s’approche. Une fine feuille semble recouvrir toute l’armoire, comme si elle avait été soigneusement emballée. Mais plus elle observe… plus quelque chose apparaît. Une forme vague se dessine lentement. Des lèvres.
Avant qu’elle ne puisse en voir davantage, sa mère l’appelle pour le dîner. Elle secoue la tête. Certainement un rêve. Une illusion. Et en effet, quand elle remonte dans sa chambre… tout a disparu.
Mais quelques jours plus tard, la marque est de retour. Les mêmes lèvres, au même endroit. Cette fois, elle est bien réveillée. Elle ne peut s’empêcher de s’en approcher.
Juste un petit coup d’œil… après tout, ça ne va pas la mordre. Enfin… c’est ce qu’elle croit.