Paru en 2023 au Japon et comptant actuellement 3 tomes, Raja est disponible en France aux éditions Doki Doki. Le manga est écrit par Kouta INNAMI.
Droit d’auteur : © Kouta Innami / Kodansha Ltd

Les yeux du roi
La guerre… un mot qui traverse les âges, un souffle de violence qui ne connaît ni limites ni répit. Depuis toujours, les hommes sont animés par une soif de pouvoir insatiable… Et l’Inde antique n’échappe pas à cette règle. Pour gouverner, il faut être le plus fort.
En l’an 226 avant J.-C., à Pataliputra, capitale du royaume de Magadha, une salle d’entraînement résonne de cris et de coups d’armes. Trois hommes s’acharnent contre un seul adversaire. Kautilya, nommé précepteur de la famille royale et chargé de former ces guerriers. Mais eux sont bien plus intéressés par la compagnie des femmes que par la maîtrise de l’urimi, cette arme aussi souple que meurtrière, et pour Kautilya, chaque instant perdu est une offense à sa discipline.
Son regard suffit à imposer la peur. Une balafre barre son œil gauche, laissant transparaître une haine froide et un mépris presque inhumain, héritage d’un drame survenu huit ans plus tôt, lié à sa propre mère.
Né avec les yeux vairons, un signe annonciateur d’un futur roi, Kautilya n’a jamais été accepté par sa mère. À ses yeux, les nobles ne sont que des arrogants indignes de respect. Mais rien ne peut éteindre sa détermination. Il deviendra le roi unique, unifiera tous les royaumes et mettra fin à cette ère de guerre, même avec un œil en moins. On assiste alors à une scène terrifiante : sa mère est prête à tout pour cacher cette particularité, jusqu’à en venir à poignarder son propre fils.
Lien de sang et d’honneur
Kautilya doit maintenant entraîner le prince Pabbata, un jeune homme avec qui il a tissé un lien profond. Leur amitié naît d’un terrible événement qui a soudé les deux camarades. Malgré leurs différences, ils se considèrent comme des frères.
Ce lien n’est pourtant pas partagé par tous. Lorsque certains hommes viennent avertir Pabbata de se méfier de Kautilya, il réagit immédiatement. Pour lui, Kautilya n’est pas un danger. Jamais il n’a rencontré quelqu’un d’aussi juste et bienveillant. À ses yeux, il a l’étoffe d’un roi, capable de guider son peuple avec sagesse. Il irait même jusqu’à lui céder sa place de prince, mais le roi, son père, a d’autres projets et ne compte pas céder son trône aussi facilement à Kautilya.
Lors d’une visite au souverain, le roi accepte d’offrir le trône à Kautilya à une seule condition : tuer le prince. S’il veut le pouvoir, le sang doit couler, même s’il s’agit d’un frère. Mais Kautilya refuse catégoriquement ; jamais il ne trahira un ami, un frère. Pour lui, le pouvoir n’a de valeur que s’il est obtenu par la voie royale.

Je voudrais être roi
L’épreuve se révèle finalement être une ruse. Le roi, impressionné par la droiture et la loyauté de Kautilya, lui propose alors le trône sans condition. Pourtant, Kautilya refuse. Il sent qu’il n’a pas encore accompli tout ce qu’il doit, et il est convaincu que, pour l’instant, Pabbata est le plus digne de régner.
Lorsqu’il quitte la salle, il retrouve son ami, le cœur lourd mais déterminé. Pabbata apprend que le trône lui revient, un rôle auquel il ne se sent pas encore prêt. Mais le véritable choc survient pour Kautilya : il se bannit lui-même, choisissant de devenir l’ennemi de celui qu’il considère comme un frère. Désormais, l’avenir ne pourra se jouer que dans la confrontation ultime, un duel où loyauté, amitié et destin se heurtent. Quitte à devoir affronter Pabbata en tant qu’ennemi et non en frère.

Les flammes de la forêt
Désormais banni, Kautilya se dirige vers Taxila, là où tout a commencé, et plus précisément vers son ancienne université. Huit années se sont écoulées depuis sa dernière visite, et pourtant, il y est accueilli avec chaleur par une vieille connaissance : Najeem, désormais recteur de l’établissement.
Leurs retrouvailles sont vives et teintées de traditions : un duel presque rituel, un salut respectueux, et un rappel des souvenirs d’antan. Il y a huit ans, Najeem somnolait souvent en cours, et Kautilya se distinguait déjà par sa singularité en connaissait déjà par cœur les textes sacrés.
Lors d’une escapade, Kautilya rencontre un jeune enfant appartenant à la classe la plus basse de la hiérarchie. Bien que lui enseigner soit interdit, il perçoit la pureté du cœur de l’enfant et décide de lui transmettre son savoir, sous promesse de garder le secret. Mais cette promesse est trahie, et l’enfant est tué sous les yeux de Kautilya. Ce souvenir douloureux, bien que tragique, explique une fois de plus la force intérieure qui anime Kautilya.
Mais alors qu’ils reprennent leur conversation sur le désir de Kautilya de devenir roi unique, un mouvement attire leur attention : des torches scintillent au loin, dans la forêt. Une attaque de bandits se prépare. La question se pose immédiatement : comment défendre l’université contre mille hommes ? Qu’importe le danger : Kautilya est prêt à tout pour défendre ce lieu, quitte à défier les dieux eux-mêmes.