Paru en 2023 au Japon et composé de 3 tomes, Aux côtés du Dieu-loup (The Beautiful Deity) est désormais disponible en France aux éditions Doki Doki. Il s’agit du tout premier manga de Yomoko YAMAMOTO.

Le dernier don du village
Dans les montagnes reculées existe un dieu ancien que l’on nomme le dieu loup. Le village lui doit sa survie, car c’est grâce à lui que les habitants ont traversé les pires épreuves. Mais aucune protection n’est éternelle, et toute faveur accordée par les dieux finit toujours par réclamer son dû. L’hiver approche, et cette fois, il s’annonce plus difficile voir même, interminable.
Les habitants en viennent alors à croire qu’il s’agit de l’œuvre directe de la divinité. Les récoltes, autrefois suffisantes, ne comblent plus ses attentes. Une certitude s’impose : il faut offrir davantage, il faut donner ce qui a le plus de valeur. Un sacrifice humain.
Pour le doyen, aucun doute ne subsiste. Il sait déjà qui offrir au dieu loup. Son choix se porte sur ce jeune garçon que personne ne regarde vraiment, dont le visage inspire davantage le mépris que la compassion. Un enfant que tous considèrent comme un poids, un inconnu. Son départ ne représenterait pas une perte, mais presque un soulagement.
Le doyen lui explique alors son rôle. L’enfant devra servir la divinité afin que le printemps revienne enfin sur le village et que la vie reprenne son cours. Le garçon accepte sans hésiter. Si son sacrifice peut sauver les autres, il s’en réjouit, lui qui a toujours été perçu comme un fardeau et qui voit enfin l’occasion d’avoir une utilité réelle, peut-être la seule de son existence.
Le voilà donc seul, le regard tourné vers le ciel, attendant avec une étrange impatience d’être dévoré. Il se convainc que sa mort donnera un sens à son existence et qu’il deviendra enfin utile. Pourtant la divinité semble nourrir une intention bien différente de celle que les hommes ont imaginée…
Le pacte du Dieu Loup
Lorsque le dieu loup découvre son offrande, la rage le saisit. Non seulement l’état du sacrifice le répugne, mais l’idée même qu’une telle offrande ait pu être envisagée le révolte. Comment l’humanité peut-elle se montrer aussi cruelle, au point de livrer un enfant pour apaiser sa faim ? Malgré la faim, il lui est impossible de poser ses crocs sur quelqu’un sans défense.
Pour le jeune garçon, c’est une profonde déception. Lui qui pensait enfin pouvoir se rendre utile se voit refuser d’être mangé par le dieu-loup. Il faut dire que son apparence ne laisse personne indifférent. Ses cheveux sont d’un blanc presque irréel, sa peau mate tranche avec la neige environnante… Une différence qui a toujours suffi à effrayer les autres.
Le dieu loup tente alors de comprendre. Il observe ce sourire qui ne quitte jamais le visage de l’enfant. Pourquoi sourit-il autant, lui que les siens considèrent comme un esclave, du bétail livré en pâture ? Sa réponse est simple. Il n’a pas le droit de se plaindre. Si les villageois estiment qu’il est bon à être sacrifié, alors cela doit être vrai. Son objectif reste intact. Il veut être dévoré par le dieu loup, car c’est là, selon lui, sa seule raison de vivre.
La divinité refuse cependant de le dévorer, mais elle comprend désormais la motivation de l’enfant. Elle élabore alors un plan. Elle exaucera son vœu, mais à une seule condition. Le garçon devra manger davantage, devenir plus fort, plus robuste. Une excuse, en réalité, pour lui offrir ce qu’il n’a jamais eu : le droit de vivre pour lui-même, et non pour les autres.
Le pacte est conclu, avec une échéance précise. À la prochaine lune, à la veille des offrandes, le dieu loup écoutera de nouveau le souhait de l’enfant, en espérant qu’à cet instant, il aura enfin changé, et qu’il aura appris à goûter à la vie.


L’éveil d’un enfant béni
Contrairement aux apparences, le dieu loup n’est pas le monstre que l’on prétend. Il se révèle même être un maître attentif, patient, enseignant à son élève comment se nourrir, pêcher dans les eaux glacées ou comment allumer un feu. Il lui apprend à survivre sans les autres, sans avoir à offrir quoi que ce soit à qui que ce soit, simplement vivre pour lui-même.
Malheureusement, un problème demeure, l’hiver s’acharne et une vilaine blessure fait terriblement souffrir le dieu loup. Il devient alors évident qu’ils doivent quitter la montagne et rejoindre des terres plus clémentes. Et cela implique une chose: se séparer. Cette décision est vécue comme une trahison de la part de l’enfant.
Lui qui croyait enfin toucher à son but se voit de nouveau mis de côté. Alors il opte pour une solution : se sacrifier…Peut-être qu’une fois mort, la divinité acceptera enfin de le manger.
Mais il se trompe. C’est tout l’inverse qui se produit. En voyant l’enfant en danger, le dieu loup ne peut s’empêcher d’intervenir, quitte à s’exposer lui-même au péril. Le cœur des hommes est rempli de noirceur, et l’un des villageois, qui se trouvait non loin de là, décide de tenter le tout pour le tout, convaincu qu’il pourrait tuer la divinité et ainsi mettre un terme à l’hiver.
Face à cette menace, l’enfant puise au plus profond de ses forces pour venir au secours de son ami. Il ne peut pas laisser la divinité mourir, pas lui, pas maintenant, pas après tout ce qu’ils ont traversé. En se relevant, il découvre en lui une puissance qu’il n’avait jamais connue, une force qui frôle le miracle, qui semble toucher à la divinité elle-même. Cet enfant, c’est un enfant béni.
C’est à partir de cet instant que débute réellement l’aventure entre une divinité que l’on disait cruelle et un enfant rejeté de tous, bien plus exceptionnel que quiconque n’aurait pu l’imaginer.