Avant-propos
Une fois encore, et pour notre plus grand plaisir, l’éditeur Mangetsu met en lumière… ou plutôt en obscurité, le talent extraordinaire de Junji Ito. Avec The Art of Junji Ito Collection, nous avons cette fois entre les mains un superbe artbook de 232 pages consacré à la création de la série animée Junji Ito Collection. Diffusée en 2018 et produite par le studio DEEN, celle-ci adapte plusieurs histoires courtes du célèbre mangaka. La série compte 14 épisodes et reste disponible sur Crunchyroll.
Réalisé en collaboration avec Crunchyroll, cet ouvrage nous invite cette fois à découvrir les coulisses de la création de l’anime. Au total, ce ne sont pas moins de plusieurs centaines de documents qui viennent enrichir ses pages, entre character designs, storyboards, esquisses et recherches graphiques.
De quoi nous permettre de jeter un nouveau regard sur l’adaptation des œuvres de Junji Ito et, surtout, de découvrir comment son univers si particulier a été transposé à l’écran. Un ouvrage qui devrait donc ravir les amateurs du mangaka, mais aussi les curieux souhaitant découvrir un peu plus les coulisses de cette étrange collection.
Un artbook qui en impose !
Les artbooks font souvent partie des pièces à avoir lorsque l’on est fan d’un univers. Le problème, c’est que leur prix peut parfois faire un peu mal au portefeuille ! Ici, Mangetsu reste dans une tranche de prix assez classique pour ce type d’ouvrage. Pour 34,95 €, on a donc droit à un très bel artbook, mais surtout à un ouvrage qui soigne autant son apparence que son contenu.



À l’intérieur, ce ne sont pas moins de 230 pages qui nous attendent. Mais avant de nous plonger dans tout ce qu’elles renferment, faisons d’abord le tour de l’extérieur. Après tout, autant commencer par ce qui nous tombe sous les yeux en premier !
L’artbook mise sur une couverture rigide et particulièrement soignée. Les écritures argentées ressortent sur le fond sombre et donnent immédiatement au livre un petit côté élégant. Le tout prend place dans un format assez imposant. L’artbook offre donc suffisamment d’espace pour mettre en valeur les différentes illustrations et les nombreuses pages consacrées à la série. Il faut d’ailleurs avouer qu’une fois en main, le livre ne passe pas vraiment inaperçu par son aspect… et son poids !
Adapter Junji Ito, tout un art !
Nous sommes tout d’abord accueillis par un sommaire qui nous présente les différentes œuvres qui seront abordées au fil des pages. Tomie, Soïchi, Le Mannequin… les grands classiques de Junji Ito sont évidemment de la partie ! L’artbook poursuit alors avec d’autres récits comme La Fenêtre d’à côté, Le Cirque est arrivé ou encore Les Épouvantails. Au total, ce ne sont pas moins de 25 œuvres qui sont abordées dans cet ouvrage, couvrant différentes périodes de la carrière de Junji Ito. L’occasion de revenir sur plusieurs de ses histoires, mais aussi de découvrir comment celles-ci ont été adaptées pour l’animation.
L’artbook revient d’ailleurs dès son introduction sur la naissance de ce projet. Pour Junji Ito, voir son travail adapté en série animée représentait un véritable rêve devenu réalité. Une adaptation dans laquelle le mangaka n’a d’ailleurs pas simplement été spectateur ! Junji Ito a effectivement participé au processus de production, notamment aux réunions durant lesquelles les histoires à adapter étaient sélectionnées. Il a même tenu à recommander certains récits en particulier, dont Un rêve sans fin, une histoire qu’il apprécie tout particulièrement, mais aussi Le vieux vinyle.



Alors oui, une adaptation animée, mais pas n’importe comment ! Il faut dire que le travail de Junji Ito est loin d’être évident à adapter. Son style graphique si particulier et cette ambiance qui nous met rapidement mal à l’aise font partie intégrante de ses histoires. Passer du manga à l’animation représente donc forcément un sacré défi. Il faut réussir à conserver tout ce qui fait le charme de ses œuvres sans perdre ce petit quelque chose qui rend ses histoires si particulières. Un véritable travail d’adaptation que l’artbook nous permet justement de découvrir plus en détail, en nous plongeant dans les coulisses de la création de cette série animée.
Quand les planches prennent vie
Chaque nouveau chapitre s’ouvre sur une imposante double page rouge, accompagnée d’une illustration. Un choix graphique qui attire immédiatement l’œil et fonctionne particulièrement bien avec l’ensemble de l’ouvrage. Pour chaque histoire, nous avons droit à une petite présentation du récit avant de découvrir différentes pages du manga, mais aussi leur adaptation dans la série animée. L’artbook nous permet ainsi de voir assez facilement les différences entre les deux versions et surtout de suivre le passage de la planche à l’écran. On retrouve également de nombreux croquis, storyboards et recherches graphiques réalisés durant la production. Chaque illustration possède également sa petite légende. Celle-ci nous explique ce que nous avons sous les yeux et nous permet d’en apprendre un peu plus sur les différents éléments présentés.



L’ouvrage va même jusqu’à nous donner quelques informations assez précises sur l’adaptation de certaines histoires. On apprend par exemple comment les équipes ont travaillé sur Les Funérailles de l’enfer, une histoire particulièrement courte puisqu’elle ne compte que quelques pages (six exactement) dans le manga. Adapter un récit aussi bref en épisode animé demande forcément de faire quelques choix afin de lui donner suffisamment de matière à l’écran.
C’est ce genre de détails qui rend l’artbook intéressant. On ne se contente pas de regarder de belles illustrations : on découvre aussi comment une histoire de Junji Ito peut passer de quelques pages de manga à une véritable séquence animée, avec tout le travail que cela implique derrière.
Des anecdotes… parfois difficiles à digérer !
Les anecdotes ne vont clairement pas manquer au fil des pages ! Pour La Femme limace, on découvre que l’idée de cette histoire serait venue à Junji Ito d’une manière pour le moins inattendue. Le mangaka aurait simplement regardé sa propre langue dans un miroir… Comme quoi, il ne suffit parfois pas de grand-chose pour faire naître une nouvelle histoire horrifique ! L’anecdote devient d’ailleurs encore plus amusante lorsqu’on se rappelle que Junji Ito était prothésiste dentaire avant de se consacrer pleinement au manga… On pourrait presque se demander si certaines de ses idées ne lui sont pas venues directement en observant ses patients… Bon, rassurez-vous, l’artbook ne va pas jusqu’à nous raconter que son travail de prothésiste lui servait de source d’inspiration pour ses histoires les plus horrifiques, quoi que…



L’ouvrage nous réserve également pas mal d’informations sur les épisodes de la série et leur production. Certaines œuvres de Junji Ito ont forcément laissé leur petite trace, notamment Tomie, qui semble avoir marqué plus d’un. Les scènes autour de l’opération de Yukiko sont notamment assez éprouvantes. Même lorsque l’on connaît déjà l’histoire, certaines scènes restent particulièrement dérangeantes une fois portées à l’écran. L’animation permet évidemment d’apporter une autre dimension à ces moments et, forcément, cela ne les rend pas toujours plus faciles à regarder !
Pour accompagner toutes ces anecdotes, on retrouve de nombreuses photos issues de la production et de la série. Petit avertissement tout de même : les photos ne font clairement pas dans la demi-mesure ! Certaines scènes sont plutôt sanglantes et l’artbook n’a pas prévu de les cacher. Attention cependant aux âmes sensibles : certaines images risquent de vous faire rapidement détourner les yeux. Si les planches de Junji Ito vous mettent déjà mal à l’aise, les photos de l’adaptation ne devraient clairement pas vous rassurer !
Deux visions pour une même adaptation
Après toutes ces anecdotes, il est temps de passer aux interviews ! Au total, deux entretiens distincts : le premier avec Junji Ito et le second avec Shinobu Tagashira, la réalisatrice de la série.
Junji Ito revient sur son implication dans cette adaptation et sur ses attentes concernant l’adaptation. Autant dire que celles-ci étaient déjà assez élevées ! Il s’agissait tout de même de la première fois que plusieurs de ses œuvres bénéficiaient d’une adaptation en série animée. Junji Ito revient également sur le travail de Shinobu Tagashira et ne cache pas sa reconnaissance envers la réalisatrice. Il estime qu’elle a particulièrement bien compris son manga et qu’elle a réussi à en retranscrire l’ambiance dans l’anime.
L’interview nous permet ensuite d’en apprendre davantage sur les personnages qui occupent une place particulière dans l’univers de Junji Ito. Soïchi et Tomie sont évidemment de la partie. Il faut dire que ces deux-là font partie des figures les plus connues de son œuvre. Junji Ito explique d’ailleurs qu’ils incarnent tous les deux certaines facettes de sa personnalité. En espérant quand même qu’il ne s’agit pas du côté « tueur en série »…



Du côté de Shinobu Tagashira, l’entretien nous permet de découvrir son propre rapport à l’univers du mangaka notamment sa première fois en tant que collégienne ainsi que son travail sur la série. Elle revient notamment sur sa vision de l’adaptation et sur les choix réalisés pour donner vie aux différentes histoires.
L’entretien avec Shinobu Tagashira est certes plus court que celui consacré à Junji Ito, mais il n’en reste pas moins particulièrement intéressant. Les deux interviews se complètent finalement assez bien : l’une nous permet de découvrir le regard de l’auteur sur cette adaptation, tandis que l’autre nous plonge davantage dans le travail réalisé derrière la caméra.