LIVRES / MANGA

Dans l’Ombre

DATE DE SORTIE
16/04/2025
AUTEUR
Junji Ito
ÉDITEUR
Mangestu
TYPE
NOMBRE DE PAGE
344 pages
PRIX
24.95 €

Une impasse murée dans laquelle résonnent des cris d’enfants dès que la nuit tombe, un sinistre dortoir d’hôpital dont les patientes semblent liées jusque dans leurs rêves, une belle demeure envahie par une moisissure rampante qui dévore tout sur son passage, une jeune fille qui se sent épiée jusque dans son intimité, un mystérieux marchand de glaces qui attire ses victimes dans son camion.

Affrontez votre peur du noir et laissez Junji Ito vous guider par la main au cœur du mal qui se terre dans les plus sombres recoins des onze nouvelles qui composent ce recueil.

Cette édition bénéficie d’une préface de Stéphane Bouyer et d’une analyse en fin d’ouvrage par Morolian, spécialiste francophone de l’auteur.

Qui est Junji Ito ?

Avant de vous parler de l’ouvrage Dans l’Ombre, il est essentiel de s’attarder sur son auteur… Junji Ito. Son nom ne vous est peut-être pas inconnu, et pour cause : Junji Ito est un mangaka japonais mondialement reconnu pour ses récits d’horreur uniques et dérangeants. Pourtant, ce maître du genre était initialement destiné à une toute autre voie. À ses débuts, Junji Ito se formait pour devenir dentiste.

C’est durant cette période qu’il commence à dessiner ses premières œuvres. Il publie alors son premier succès, Tomie, tout en continuant à exercer en cabinet dentaire. Mais son goût pour le macabre et l’étrange, nourri par des auteurs comme Kazuo Umezu (L’École emportée) ou encore Stephen King, le pousse à se lancer pleinement dans le manga.

Junji Ito décide alors de quitter la dentisterie pour se consacrer entièrement à sa passion. Il devient progressivement une figure majeure de l’horreur japonaise, avec des récits aussi marquants. Son style visuel minutieux, ses ambiances oppressantes et sa manière unique de représenter l’angoisse lui valent une reconnaissance internationale.

Certaines de ses œuvres ont été adaptées en animation ou en prises de vue réelles, prolongeant encore un peu plus l’empreinte de son univers singulier dans la culture populaire.

Un recueil d’horreur magistral

Avant même d’en entamer la lecture, il convient de s’arrêter sur l’ouvrage lui-même, qui justifie pleinement son prix de 24,95 €. Dans l’Ombre de Junji Ito est un volume imposant, tant par son contenu que par sa présentation. Le manga est publié dans un format plus grand que la moyenne, ce qui met en valeur les détails du dessin. Sa couverture rigide attire immédiatement l’œil, avec un titre imprimé en vert brillant, aussi visible sur la face que sur la tranche. Ce léger effet de brillance donne un aspect élégant et singulier à l’ensemble, tout en apportant une belle présence visuelle dans une mangathèque.

Dès l’ouverture, le lecteur est accueilli par une préface rédigée par Stéphane Bouyer. Suit un sommaire clair présentant les onze récits qui composent le recueil. Fait intéressant, chacune des histoires est accompagnée de sa date de publication originale, toutes situées entre 1992 et 1993, ce qui permet de contextualiser la production de l’auteur à cette période.

Chaque histoire débute sur une page d’introduction accompagnée d’une illustration en pleine page, donnant immédiatement le ton.

Dans l'Ombre

11 récits, 11 atmosphères

Ce tome propose 11 histoires, chacune unique, qui varient en style et en atmosphère. Junji Ito explore des thèmes aussi divers que l’obsession, la folie, les phénomènes surnaturels, ou encore les visions cauchemardesques. Une chose est sûre : aucun de ces récits ne laisse indifférent. Chacun d’eux laisse une empreinte durable dans l’esprit du lecteur. Voici quelques récits (mes coups de cœur) qui, j’en suis sûre, piqueront votre curiosité et vous inciteront à explorer cet univers captivant.

Dans l'Ombre

Le marchand de glaces

Mai 1993

Être parent n’est jamais une tâche facile, surtout lorsqu’on est un père célibataire. Tomoki est un enfant comme les autres, parfois un peu capricieux. Chaque samedi soir, un marchand de glaces passe près de chez lui, et Tomoki ne peut résister à l’envie de savourer une délicieuse glace. Le marchand, d’une grande gentillesse, propose même aux enfants de faire un tour dans son camion. Une offre qu’il réserve exclusivement aux plus jeunes.

Cependant, le père de Tomoki est catégorique : pas de glace en hiver ! Cela pourrait lui donner mal au ventre. Mais, comme tout enfant têtu, Tomoki persiste et parvient à faire céder son père. Ce que ce dernier ignore, c’est qu’après avoir dégusté cette glace, Tomoki ne sera plus jamais le même…

Souvenirs disparus

Janvier 1993

Rie est une adolescente belle et sûre d’elle… Du moins en apparence. Elle aime se regarder dans le miroir, admirer son reflet, mais une question la hante. Ce visage qu’elle voit est-il vraiment le sien ? Son petit ami, Hitoshi, tente de la rassurer, tout comme ses parents. Pourtant, Rie ne peut s’empêcher de ressentir un profond malaise. Quelque chose cloche.

Ce sentiment s’intensifie lorsqu’elle se rend compte qu’elle a totalement oublié ce qui s’est passé entre son septième et son quatorzième anniversaire. Un jour, en surprenant une discussion étrange entre ses parents, elle fouille dans une commode et découvre une vieille photographie. Sur cette image, une jeune fille au visage très abîmé, couvert de boutons et de marques, laide à en être méconnaissable. Rien à voir avec l’apparence qu’elle connaît aujourd’hui. Et si cette fille, c’était elle ? Comment aurait-elle pu changer de visage ? Et surtout, pourquoi ses parents semblent-ils cacher la vérité ?

Dans l'Ombre

L’assentiment

Avril 1993

Kyôsuke et Misuzu sont amoureux. Malheureusement, leur histoire est contrariée par le refus catégorique du père de la jeune fille, farouchement opposé à leur relation. Setsuo, le frère de Misuzu, ne fait rien pour arranger la situation. Conscients de l’impasse, les deux amoureux finissent par se séparer, contraints de mettre un terme à ce qui semblait pourtant sincère.

Décidé à tourner la page, Kyôsuke tente d’oublier Misuzu. Il peut compter sur le soutien de sa collègue, Yûko, qui l’aide peu à peu à remonter la pente. Une nouvelle complicité naît, et Kyôsuke, progressivement, se laisse séduire. Il commence à croire qu’il peut aimer à nouveau.

Mais quelques semaines plus tard, Setsuo réapparaît, porteur d’un message inattendu. Il encourage Kyôsuke à retenter sa chance auprès du père de Misuzu. Déstabilisé, Kyôsuke se retrouve alors tiraillé entre deux femmes. La situation prend une tournure encore plus troublante lorsque Misuzu, sans prévenir, se rend chez Yûko, la nouvelle compagne de Kyôsuke.

Malheureusement, peu de temps après, Yûko est frappée par une maladie aussi soudaine que mystérieuse. En l’espace de quelques heures, elle décède brutalement, laissant Kyôsuke une fois de plus face à Misuzu… et à un avenir qu’il pensait avoir définitivement abandonné.

CONCLUSION

Il peut sembler surprenant que Dans l’ombre de Junji Ito ait été la première œuvre que j’ai lue de cet auteur, moi qui suis pourtant une grande passionnée d’horreur. Bien que je connaissais déjà sa réputation et son influence dans le genre, je n’avais encore jamais pris le temps de me plonger dans ses histoires. Il faut dire que les formats courts ne m’ont jamais réellement attirée, leur brièveté me laissant souvent sur ma faim.

C’est finalement avec Mes cent contes mortels que j’ai découvert une nouvelle approche de la narration horrifique. Ces récits condensés ont su capter mon attention et m’ouvrir à un format que je pensais ne pas apprécier. Alors, lorsque les éditions Mangetsu ont annoncé la publication d’un nouveau recueil de Junji Ito, faisant suite à des titres comme Tomie, Frankenstein, Sôichi ou L’Amour et la mort, j’ai saisi l’occasion. Il me semblait que le moment était venu de découvrir enfin ce nom incontournable du manga d’horreur.

Et la découverte fut à la hauteur des attentes.

J’ai été totalement captivée par l’ensemble des récits. Chaque histoire, bien que relativement courte, parvient à installer une atmosphère oppressante et à laisser une forte impression. Ce qui m’a frappée, c’est l’impossibilité de prévoir la fin de chaque histoire. Junji Ito parvient toujours à déstabiliser son lecteur avec des dénouements aussi inattendus qu’improbables. Sans compter des références appréciables à des figures classiques comme Jack l’Éventreur ou le Dr. Jekyll et Mr. Hyde.

Côté illustration, j’avoue être habituée à des dessins plus brutaux ou explicites, mais ce qui rend Junji Ito unique, c’est sa façon de mélanger l’horreur psychologique et l’atmosphère visuelle. Ce n’est pas juste l’aspect graphique violent qui marque, mais aussi l’angoisse qu’il arrive à faire naître dans l’esprit du lecteur. L’horreur chez Junji Ito vient d’un mélange subtil entre la tension mentale et le côté choquant de ses dessins, créant une peur qui reste longtemps avec nous. Chaque détail, chaque expression ou élément du décor ajoute une couche de malaise, parfois plus forte que n’importe quelle scène sanglante.

Pour moi, c’est ça l’horreur : faire peur avec l’histoire et l’univers visuel, et pas juste avec des images choquantes. Junji Ito réussit à rendre son monde vraiment malsain, où la peur s’installe doucement, à la fois par le récit et par ses dessins.

Bref, il va sans dire que Dans l’ombre a été une agréable surprise pour moi. Je suis véritablement tombée sous le charme des histoires courtes de Junji Ito. Je ne peux que le recommander aux fans du maître de l’horreur, mais pas seulement. Ce recueil saura également séduire ceux qui souhaitent explorer une approche différente de l’horreur, plus subtile et psychologique. Mon fils, fan d’horreur lui aussi, du haut de ses 15 ans, a également adoré cette lecture. Et il va sans nul doute que nous continuerons de lire les prochains tomes. Cela tombe bien, puisque Sutures, Terroriser et Tentation sont prévus pour le 2 juillet.

Cet article a été rédigé avec un service presse

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