
Qui est Junji Ito ?
Avant de vous parler de l’ouvrage Dans l’Ombre, il est essentiel de s’attarder sur son auteur… Junji Ito. Son nom ne vous est peut-être pas inconnu, et pour cause : Junji Ito est un mangaka japonais mondialement reconnu pour ses récits d’horreur uniques et dérangeants. Pourtant, ce maître du genre était initialement destiné à une toute autre voie. À ses débuts, Junji Ito se formait pour devenir dentiste.
C’est durant cette période qu’il commence à dessiner ses premières œuvres. Il publie alors son premier succès, Tomie, tout en continuant à exercer en cabinet dentaire. Mais son goût pour le macabre et l’étrange, nourri par des auteurs comme Kazuo Umezu (L’École emportée) ou encore Stephen King, le pousse à se lancer pleinement dans le manga.
Junji Ito décide alors de quitter la dentisterie pour se consacrer entièrement à sa passion. Il devient progressivement une figure majeure de l’horreur japonaise, avec des récits aussi marquants. Son style visuel minutieux, ses ambiances oppressantes et sa manière unique de représenter l’angoisse lui valent une reconnaissance internationale.
Certaines de ses œuvres ont été adaptées en animation ou en prises de vue réelles, prolongeant encore un peu plus l’empreinte de son univers singulier dans la culture populaire.
Un recueil d’horreur magistral
Avant même d’en entamer la lecture, il convient de s’arrêter sur l’ouvrage lui-même, qui justifie pleinement son prix de 24,95 €. Dans l’Ombre de Junji Ito est un volume imposant, tant par son contenu que par sa présentation. Le manga est publié dans un format plus grand que la moyenne, ce qui met en valeur les détails du dessin. Sa couverture rigide attire immédiatement l’œil, avec un titre imprimé en vert brillant, aussi visible sur la face que sur la tranche. Ce léger effet de brillance donne un aspect élégant et singulier à l’ensemble, tout en apportant une belle présence visuelle dans une mangathèque.
Dès l’ouverture, le lecteur est accueilli par une préface rédigée par Stéphane Bouyer. Suit un sommaire clair présentant les onze récits qui composent le recueil. Fait intéressant, chacune des histoires est accompagnée de sa date de publication originale, toutes situées entre 1992 et 1993, ce qui permet de contextualiser la production de l’auteur à cette période.
Chaque histoire débute sur une page d’introduction accompagnée d’une illustration en pleine page, donnant immédiatement le ton.

11 récits, 11 atmosphères
Ce tome propose 11 histoires, chacune unique, qui varient en style et en atmosphère. Junji Ito explore des thèmes aussi divers que l’obsession, la folie, les phénomènes surnaturels, ou encore les visions cauchemardesques. Une chose est sûre : aucun de ces récits ne laisse indifférent. Chacun d’eux laisse une empreinte durable dans l’esprit du lecteur. Voici quelques récits (mes coups de cœur) qui, j’en suis sûre, piqueront votre curiosité et vous inciteront à explorer cet univers captivant.

Le marchand de glaces
Mai 1993
Être parent n’est jamais une tâche facile, surtout lorsqu’on est un père célibataire. Tomoki est un enfant comme les autres, parfois un peu capricieux. Chaque samedi soir, un marchand de glaces passe près de chez lui, et Tomoki ne peut résister à l’envie de savourer une délicieuse glace. Le marchand, d’une grande gentillesse, propose même aux enfants de faire un tour dans son camion. Une offre qu’il réserve exclusivement aux plus jeunes.
Cependant, le père de Tomoki est catégorique : pas de glace en hiver ! Cela pourrait lui donner mal au ventre. Mais, comme tout enfant têtu, Tomoki persiste et parvient à faire céder son père. Ce que ce dernier ignore, c’est qu’après avoir dégusté cette glace, Tomoki ne sera plus jamais le même…
Souvenirs disparus
Janvier 1993
Rie est une adolescente belle et sûre d’elle… Du moins en apparence. Elle aime se regarder dans le miroir, admirer son reflet, mais une question la hante. Ce visage qu’elle voit est-il vraiment le sien ? Son petit ami, Hitoshi, tente de la rassurer, tout comme ses parents. Pourtant, Rie ne peut s’empêcher de ressentir un profond malaise. Quelque chose cloche.
Ce sentiment s’intensifie lorsqu’elle se rend compte qu’elle a totalement oublié ce qui s’est passé entre son septième et son quatorzième anniversaire. Un jour, en surprenant une discussion étrange entre ses parents, elle fouille dans une commode et découvre une vieille photographie. Sur cette image, une jeune fille au visage très abîmé, couvert de boutons et de marques, laide à en être méconnaissable. Rien à voir avec l’apparence qu’elle connaît aujourd’hui. Et si cette fille, c’était elle ? Comment aurait-elle pu changer de visage ? Et surtout, pourquoi ses parents semblent-ils cacher la vérité ?


L’assentiment
Avril 1993
Kyôsuke et Misuzu sont amoureux. Malheureusement, leur histoire est contrariée par le refus catégorique du père de la jeune fille, farouchement opposé à leur relation. Setsuo, le frère de Misuzu, ne fait rien pour arranger la situation. Conscients de l’impasse, les deux amoureux finissent par se séparer, contraints de mettre un terme à ce qui semblait pourtant sincère.
Décidé à tourner la page, Kyôsuke tente d’oublier Misuzu. Il peut compter sur le soutien de sa collègue, Yûko, qui l’aide peu à peu à remonter la pente. Une nouvelle complicité naît, et Kyôsuke, progressivement, se laisse séduire. Il commence à croire qu’il peut aimer à nouveau.
Mais quelques semaines plus tard, Setsuo réapparaît, porteur d’un message inattendu. Il encourage Kyôsuke à retenter sa chance auprès du père de Misuzu. Déstabilisé, Kyôsuke se retrouve alors tiraillé entre deux femmes. La situation prend une tournure encore plus troublante lorsque Misuzu, sans prévenir, se rend chez Yûko, la nouvelle compagne de Kyôsuke.
Malheureusement, peu de temps après, Yûko est frappée par une maladie aussi soudaine que mystérieuse. En l’espace de quelques heures, elle décède brutalement, laissant Kyôsuke une fois de plus face à Misuzu… et à un avenir qu’il pensait avoir définitivement abandonné.