
À l’intérieur de la tête du Maître de l’Horreur
Si Tentation, l’artbook grand format dédié à l’exposition de Junji Ito, vous a fasciné par ses illustrations, Terroriser vous comblera davantage. Cette fois, il ne s’agit plus seulement d’admirer ses planches, mais de découvrir l’homme derrière les cauchemars.
Avec Terroriser, Mangetsu propose une démarche plus intime. On y explore la vie de Junji Ito : son enfance, sa famille, ses années de scolarité, son premier emploi… Ce n’est plus seulement l’artiste que l’on découvre, mais la personne, avec ses ses peurs, ses doutes et ses sources d’inspiration.
Mais avant de rentrer dans le vif du sujet, un mot sur Mangetsu, qui construit depuis plusieurs années une collection précieuse autour de l’univers de Junji Ito. De Tomie à Sensor, en passant par Frankenstein ou encore Zone Fantôme, l’éditeur ne cesse de mettre en valeur le travail du mangaka avec des éditions soignées et passionnées. Terroriser ne fait pas exception, et s’inscrit comme une nouvelle pièce essentielle pour mieux comprendre le génie derrière l’horreur.
Naissance d’un artiste de l’épouvante
Avant de devenir le maître incontesté de l’horreur, Junji Ito a connu une enfance qui, à première vue, semblait plutôt ordinaire… ou presque. Né un jour d’été en 1963, il a grandi dans le calme village de Nakatsugawa, dans le département de Gifu.
Ce premier chapitre s’ouvre sur ses souvenirs d’enfance, où l’on découvre ses premières peurs, sa maison familiale, et surtout ce moment clé où il tombe pour la première fois sur une œuvre de Kazuo Umezu, le maître du manga horrifique japonais, qu’il admire profondément. Cette rencontre marquera un tournant dans sa vie et lui donnera sa passion pour le monde de l’horreur.



Junji Ito n’était pas seulement fasciné par l’horreur. Il nourrissait aussi une passion inattendue pour les soucoupes volantes et les kaijus, ces monstres géants qui peuplent la culture populaire japonaise. D’ailleurs, on découvre une partie de ses premiers dessins, dont un manga réalisé à l’âge de 7 ans, témoignant déjà d’un talent prometteur. Il adorait aussi faire du patin à roulettes avec ses amis, un passe-temps simple mais qui a failli mal tourner lorsqu’un jour, il a décidé d’en faire près d’un cimetière.
Quand le cauchemar germe dans l’innocence
L’autobiographie revient également sur une période plus délicate de son enfance : une hospitalisation pour une appendicite, un moment intime qui humanise davantage cet artiste hors norme. Mais là encore, l’expérience avait quelque chose d’angoissant. Puis, en arrivant au collège, Junji Ito raconte son quotidien d’adolescent, entouré de camarades qui partagent et soutiennent sa passion pour le dessin. Il se rend alors compte qu’il ne travaille pas comme les autres : il utilise un crayon et une gomme, tandis que la plupart de ses camarades préfèrent la plume et l’encre.
Ce premier chapitre offre une plongée complète et touchante dans l’enfance et l’adolescence d’un artiste pas comme les autres. On comprend alors que, dès le début, Junji Ito était destiné à travailler dans l’horreur.
Un prothésiste dentaire au destin hors du commun

Le second chapitre s’attarde sur la vie adulte de Junji Ito, en particulier ses débuts professionnels. Avant de devenir le maître incontesté de l’horreur, il exerçait un tout autre métier : prothésiste dentaire. Un travail qu’il maîtrisait parfaitement, et qu’il a exercé avec rigueur pendant plusieurs années.
Mais l’appel du manga ne l’a jamais quitté. Malgré un quotidien bien rempli, il continue à dessiner dès qu’il en a l’occasion, nourrissant en parallèle un univers personnel peuplé de monstres, de cauchemars et d’étrangetés. L’envie de raconter ses propres histoires d’horreur devient de plus en plus pressante.
En 1986, un événement va tout changer. Cette année-là, un nouveau magazine dédié à l’horreur voit le jour : Monthly Halloween. Junji Ito y découvre un concours tout particulier, organisé à l’occasion de la toute première édition du Prix Kazuo Umezu, du nom de son idole. Pour lui, c’est une évidence : c’est le moment de se lancer… Et il a eu raison !
Il envoie alors une histoire intitulée Tomie. L’œuvre reçoit une mention honorable, puis est publiée l’année suivante. Une première victoire, certes, mais qui ne signifie pas encore la fin de sa vie de salarié. Junji Ito continue alors pendant quelque temps à mener une double vie entre son cabinet et sa table à dessin. Jusqu’au jour où, à 26 ans, il prend la décision qui changera sa vie : quitter son métier et se consacrer pleinement au manga.
Une nouvelle ère commence pour lui… et le début des horreurs pour nous.
Dans la tête de Junji Ito : Méthode, inspiration et visions d’horreur
Maintenant que vous savez comment Junji Ito est devenu mangaka, il est temps de plonger dans les chapitres suivants, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils sont aussi captivants qu’instructifs.
Chapitre 3
Le chapitre 3 s’intéresse à sa manière de créer. Comment naît une histoire d’horreur ? Où trouve-t-il ses idées ? Comment les transforme-t-il en scénarios ? Ce chapitre est sans doute l’un des plus fascinants, car il nous ouvre véritablement les portes de son esprit.
La première histoire abordée est Comme deux gouttes, parue pour la première fois en décembre 1987 dans le magazine Monthly Halloween. Ce qui l’a inspiré ? Tout simplement… un caméléon ! Une observation anodine qui a donné naissance à un récit glaçant. Pour chaque œuvre mentionnée (une dizaine au total) un détail sur la construction du récit ainsi qu’un croquis.
Junji Ito nous confie également ses méthodes pour faire jaillir l’inspiration : regarder de bons films, comme Les Dents de la mer.

Chapitre 4
Le chapitre 4, quant à lui, se concentre sur les personnages emblématiques de son univers. Un passage que j’attendais avec impatience. Douze personnages sont ainsi détaillés, dont Fuchi, la terrifiante mannequin dévoreuse d’hommes, que je trouve particulièrement marquante.
Chaque fiche de personnage est accompagnée là encore d’un court descriptif et de croquis. Cela nous permet de mieux comprendre la façon dont il les imagine, les conçoit, et les transforme en figures mythiques du manga d’horreur.

Chapitre 5
Enfin, le dernier chapitre change de perspective. Il ne s’intéresse plus aux personnages… mais à nos propres peurs.
Qu’est-ce qui vous terrifie ? Une langue qui se transforme en limace géante ? C’est exactement ce qui a inspiré La Femme-limace, née d’un simple moment devant un miroir. La Forêt de sang, elle, a été inspirée par… des moustiques !
Comme on peut le constater, ses idées naissent souvent de détails très banals mais entre ses mains, elles deviennent des histoires cauchemardesques.

Un mot de la fin

Et puis, les pages défilent sans qu’on s’en rende compte… jusqu’à la dernière. Dans l’épilogue, on apprend que Junji Ito avait déjà reçu une proposition pour écrire un livre autobiographique autour de 2017. Mais la pandémie a repoussé ce projet.
Le livre, initialement pensé sous le titre Dans la tête de Junji Ito, est finalement devenu Terroriser – La Méthode Junji Ito. Et honnêtement, ce titre lui va à merveille.