Il y a quelques mois, je vous parlais du livre À travers le miroir – Lost Boy. Ce roman nous invitait à redécouvrir l’univers de Peter Pan sous un angle inédit. Bien loin de l’image idéalisée du garçon qui ne voulait pas grandir, Christina Henry nous plongeait dans une version bien plus sombre et dérangeante du mythe. Peter y apparaissait manipulateur, cruel, et loin du compagnon de jeux insouciant que l’on connaît grâce à Disney. Quant à Crochet, il se révélait être un personnage beaucoup plus complexe, façonné par la douleur et la trahison. Et si, finalement, le véritable monstre de l’histoire n’était pas celui que l’on croyait ?
Cette fois, c’est Kell Woods qui s’attaque à un autre conte de fées, celui de la Petite Sirène. Qui n’a jamais rêvé de plonger dans les profondeurs marines, d’explorer un royaume sous l’océan et d’entendre le chant envoûtant des sirènes ? Popularisé par Hans Christian Andersen en 1837, puis revisité par Disney en 1989, ce récit intemporel a marqué plus d’une génération… et continue encore de nous toucher, notamment avec l’adaptation en prise de vues réelles sortie en 2023, portée par Halle Bailey dans le rôle principal.
Découvrons donc ensemble Upon a Starlit Tide, ce nouveau roman empli de noirceur, publié aux éditions 404.

L’inconnu et le baiser volé
La nuit dernière, une tempête a balayé les côtes. Et puis, au milieu du chaos, il était là. Un homme, étendu sur le sable.
Luce ne put s’empêcher de s’approcher. C’était plus fort qu’elle, une force irrésistible l’attirait. Elle ôta ses vêtements, trop lourds, trop encombrants, et plongea. L’eau glacée lui piquait la peau, mais elle n’y prêta pas attention. Elle voulait simplement atteindre cet inconnu.
Il semblait l’appeler, comme un aimant. Ses yeux étaient clos, et pourtant Luce brûlait de savoir quelle couleur s’y cachait. La mer montait, grondante, pressante. Hors de question de le laisser là. Mais Luce le savait : la mer réclame toujours un prix.
Dans la poche de l’homme, elle trouva des morceaux de ballast. Elle les retira pour alléger son corps et, avec toute sa force, le ramena au loin, hors de portée des vagues.
Lorsqu’il ouvrit enfin les yeux, deux iris sombres se plantèrent dans les siens. Le cœur de Luce s’emballa. Et, sans prévenir, l’homme l’embrassa.
Un vertige. Un instant suspendu. Elle se sentit happée, troublée. Mais un bruit la ramena brutalement à la réalité. Des pas. Des voix. Elle se détacha aussitôt, s’écarta dans l’ombre. Personne ne devait la voir.
Discrète, elle se dissimula, observant les silhouettes qui approchaient. Les lutins des sables. Puis deux autres ombres familières : Samuel et Bones, son cousin.
En découvrant l’homme étendu, Samuel se précipita. Sans hésiter, il le souleva pour l’emmener loin du danger. Destination : la maison du Lion… le lieu même où vivait Luce.
Quand le destin frappe à la porte
Luce appartient à une famille aisée de Saint-Malo. Elle est la cadette de Jean-Baptiste, un riche armateur, et la benjamine de deux sœurs : Véronique et Charlotte. Mais là où ses aînées semblent parfaitement à leur place, Luce, elle, peine à trouver la sienne. Contrairement à elles, elle a soif d’aventure, rêve de voyages et de mers lointaines.
Lorsque l’homme mystérieux est recueilli chez eux, Véronique et Charlotte ne cachent pas leur excitation. Elles brûlent de savoir qui il est et pourquoi le destin l’a jeté sur leur rivage. Et quand son identité est enfin révélée, la surprise est totale : il s’agit de Morgan de Châtelaine, héritier d’une des familles d’armateurs les plus influentes de Saint-Malo. Mais le mystère reste entier : pourquoi est-il le seul survivant ?
Quant à Luce, elle reçoit un privilège qui la distingue encore davantage de ses sœurs. Son père lui offre un navire, un cadeau inespéré. Baptisé La Lucinde, le bateau porte une figure de proue à son effigie… avec un détail troublant : elle n’a pas de pieds. Un écho étrange à la propre condition de Luce, qui possède bien des pieds, mais abîmés, meurtris, et source de grandes souffrances lorsqu’elle marche.


Entre rivalités familiales et rêves inavoués
Pour remercier la famille Léon d’avoir sauvé leur fils, les Châtelaine organisent un grand bal. Évidemment, toute la famille est conviée, et plus particulièrement les filles… trois jeunes femmes en âge de se marier.
Véronique et Charlotte trépignent d’impatience. Leur unique ambition : devenir l’élue du cœur de Morgan. Pour elles, ce bal est une occasion en or. Luce, elle, n’échappe pas aux moqueries de ses sœurs, incapables de s’empêcher de rappeler qu’elle ne peut pas danser, ses pieds abîmés la condamnant à rester spectatrice. Pourtant, en secret, elle espère elle aussi. Elle rêve d’assister au bal, d’apercevoir Morgan, et peut-être… qu’il se souviendra de ce premier baiser. Mais rien n’y fait : il semble l’avoir déjà oubliée.
Lorsque vient le moment de choisir les tissus pour confectionner leurs robes, Véronique et Charlotte s’y consacrent avec excitation. Luce, elle, se désintéresse de ces futilités. Mais son père, toujours attentif, insiste pour qu’elle choisisse malgré tout. Et c’est là qu’elle découvre une étoffe somptueuse, qui suscite immédiatement la jalousie de ses sœurs.
Les dynamiques familiales se dessinent alors plus clairement. Véronique est la chouchoute de leur mère, Charlotte se retrouve coincée entre les deux, souvent délaissée et en quête de sa place. Quant à Luce, elle a toujours été la favorite de son père, ce qui nourrit d’autant plus les rancunes.
Au milieu de ces tensions, un seul allié reste à ses côtés : Samuel. Ami fidèle depuis toujours, il est le seul à voir la vraie Luce, celle qui rêve d’ailleurs, prisonnière d’une vie de convenances qui n’est pas la sienne. Mais à mesure que les liens entre Morgan et elle semblent se tisser, Samuel ne peut s’empêcher de ressentir une inquiétude, teintée d’une jalousie qu’il peine à masquer.
Quand le rêve tourne au cauchemar
On le sait : dans les contes de fées, tout ne se passe jamais comme prévu. Luce pensait qu’elle ne pourrait jamais se rendre au bal… jusqu’à ce qu’elle croise la route de la Groac’h, une femme de mer mystérieuse, entourée de rumeurs effrayantes. Mais Luce n’a pas peur. Son chagrin est bien trop grand pour céder à la crainte.
Ses pieds, qui jusqu’ici avaient été une source de douleur constante, vont devenir sa force. Grâce à cette rencontre inattendue, elle va enfin pouvoir se rendre au bal. Mais ce moment qui semblait être une victoire va rapidement tourner au pire : ce choix va marquer le début de l’enfer…
