Le Dernier Écrivain (ou 100-nen no Tateito) est un manga publié pour la première fois au Japon en 2023. Composé de seulement quatre tomes, il paraît en France en avril 2024. Derrière ce manga, on retrouve Akai Chitose, pour qui il s’agit de sa toute première œuvre.

Un siècle de changement
Avez-vous déjà imaginé à quoi ressemblerait le monde dans 100 ans ? Sugai, lui, ne s’est jamais vraiment posé la question. Pourtant, il va se retrouver plongé malgré lui dans une expérience étrange, et découvrir la réponse par lui-même…
Un siècle s’est écoulé et la Terre a profondément changé. Après un si long sommeil, il est difficile de retrouver ses repères. Car Sugai a eu l’opportunité de participer à un système d’hibernation expérimental.
À son réveil, il découvre un monde totalement transformé, marqué par de nombreux événements : une pandémie en 2020, le premier homme installé sur Mars, ou encore la mise en service d’un ascenseur orbital. En cent ans, l’humanité a traversé bien des épreuves et accompli d’immenses progrès.
Mais Sugai, lui, est complètement perdu. Une pensée s’impose rapidement à lui : celle d’une femme de son passé. Quel âge aurait-elle aujourd’hui si elle était encore à ses côtés ? Une question sans réponse, car il est difficile d’imaginer qu’elle ait pu traverser un siècle entier…
Il est alors interrompu par le médecin chargé de sa surveillance. Celui-ci se présente comme un grand admirateur, mais Sugai reste sceptique. Il a bien écrit un roman il y a 100 ans, mais celui-ci n’a jamais rencontré le succès espéré… sauf auprès d’une seule personne : cette femme qui a partagé quelques mois de sa vie, des mois durant lesquels Sugai a enfin connu le bonheur…
Un message et tout bascule
Retour en arrière, cent ans plus tôt. Le diagnostic est tombé sans appel : Sugai est condamné. Il ne lui reste qu’une année à vivre. Une nouvelle brutale, surtout à seulement 27 ans. À cette époque, la vie est difficile et son diplôme universitaire ne lui permet pas de décrocher un emploi stable. Il survit tant bien que mal, et pour tenir, il se tourne vers l’écriture… mais là encore, c’est un échec. Ses romans ne rencontrent pas le succès espéré. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir un éditeur qui croit en lui et l’accompagne. Malgré ce soutien, rien ne change.
Lorsqu’il parvient à gagner un peu d’argent, Sugai choisit de le dépenser autrement que dans ses soins. Il s’offre alors une parenthèse dans un love hôtel, une échappée d’une nuit pour oublier, l’espace de quelques instants, sa maladie et sa condamnation… Mais ces moments d’oubli ne suffisent pas. Sugai revient toujours à la même réalité : il est condamné. Alors il envisage le pire.
C’est à ce moment que son médecin lui propose une alternative : un sommeil cryogénique dans le cadre d’un programme expérimental du gouvernement. L’expérience est risquée, mais Sugai le sait : il n’a plus rien à perdre. En acceptant, il pourrait également obtenir une somme importante, de quoi se soigner. Il hésite. Même s’il guérissait, sa situation ne changerait sans doute pas : il resterait cet auteur solitaire que personne ne reconnaît.
Et pourtant… Alors qu’il rentre chez lui, Sugai reçoit un message. Un message signé d’une jeune femme qui lui avoue être fan de ses romans et souhaiter le rencontrer… Une rencontre qui pourrait tout changer, même si cela ne devait durer que quelques mois.


Écrire pour survivre
Sugai a beaucoup de mal à y croire. Cette femme, du nom de Yui, se révèle être une fan… une vraie. Elle connaît ses romans, les aime profondément et en redemande encore. Elle veut en découvrir d’autres, en lire davantage, comprendre ce qu’il a encore à raconter. Pour Sugai, cela semble impossible. Il a tourné la page, abandonné l’écriture, surtout depuis qu’il sait qu’il est condamné. À quoi bon continuer, quand on sait que tout est déjà compté ?
Mais Yui, elle, ne lâche rien. Elle insiste, s’accroche, déterminée à lui prouver à quel point ses œuvres ont compté pour elle. Ses mots l’ont aidée à tenir, à avancer, à ne pas sombrer. Et ça, Sugai ne peut pas l’ignorer. Entre eux, tout va très vite. Le lien est immédiat, presque évident. Yui n’est pas tombée amoureuse de son apparence, mais de ses mots, de son univers, de ce qu’il est capable de transmettre à travers ses histoires. Sa maladie ? Elle n’y accorde pas d’importance. Après tout, tout le monde est destiné à mourir un jour.
Ses paroles touchent Sugai, forcément. Mais lui reste lucide. Le temps qu’il lui reste, il veut en profiter autrement. Voyager, aimer, ressentir… vivre, tout simplement.
Yui, elle, le pousse dans ses retranchements. Elle le met au défi de déchirer l’un de ses romans. Mais Sugai en est incapable. Comme si, malgré tout, une partie de lui refusait d’abandonner. Finalement, il cède. Amoureux, il se laisse porter. Il accepte cette relation, cette parenthèse inattendue qui donne enfin un sens à ce qu’il lui reste à vivre. Mais le temps, lui, ne s’arrête pas.
Un roman au-delà du siècle
Les mois passent et la maladie devient de plus en plus présente, jusqu’à s’imposer dans chaque instant du quotidien de Sugai. Faute d’argent pour suivre un traitement, son état se dégrade peu à peu, sans qu’il ne puisse réellement y faire face. Progressivement, une évidence s’impose à lui : il ne lui reste plus qu’une seule option. Accepter la cryogénisation.
Mais ce n’est pas la seule chose qui le perturbe. En un siècle, l’humanité a profondément évolué, et l’intelligence artificielle s’est imposée dans tous les domaines, y compris celui de la création. Désormais, de nombreux romans sont produits par des IA, des œuvres sans âme, sans vécu, dénuées de cette émotion propre à l’humain. Et pourtant, au milieu de cette production uniforme, certains récits continuent de se démarquer. Parmi eux, un roman vieux de 100 ans refait surface. Le sien. Son dernier roman, Les Os de la Méduse.

Mais ce choix, il ne le fait pas pour lui. Il le fait pour Yui, pour continuer à écrire, pour lui laisser quelque chose qui survivra au temps. Pourtant, il ne lui en parle pas. Il préfère garder le silence, ne pas l’inquiéter, ne pas l’empêcher de vivre librement ce qu’il lui reste à elle aussi. Puis vient le moment de faire ce choix irréversible. Sugai s’endort, laissant derrière lui sa vie, ses repères, et celle qu’il aime, pour plonger dans un sommeil dont il ignore tout. À son réveil, 100 ans plus tard, le monde a changé, et Yui n’est plus là. Du moins, c’est ce qu’il pense, jusqu’à ce qu’une mystérieuse lettre vienne bouleverser ses certitudes. Une lettre signée de Yui elle-même.
Vient alors une idée à Sugai : écrire un nouveau roman dans l’espoir de retrouver Yui. Mais dans un monde où l’intelligence artificielle domine désormais la création, pourra-t-il encore trouver des lecteurs capables d’être touchés par ses mots ? Et surtout, retrouvera-t-il enfin celle qui hante encore ses pensées ?