Martha is Dead

Date de sortie

24 février 2022

Développeur

LKA

Éditeur

Wired Productions

Test réalisé sur

PlayStation 5

Plateforme(s)

STEAM DECK

Non prise en charge

GENRE(S)

Horreur, Thriller

MODE(S)

Solo

LANGUE(S)

Anglais audio avec des sous-titres français

CLASSIFICATION

PEGI_18

Martha is Dead : l’horreur comme miroir d’un esprit brisé

Martha Is Dead est un thriller psychologique développé par LKA et publié par Wired Productions. Sorti en février 2022, le jeu est disponible sur PlayStation 5 — plateforme sur laquelle il a notamment été testé — ainsi que sur PlayStation 4, Xbox Series et PC.

L’histoire se déroule en Toscane, en 1944, en pleine Seconde Guerre mondiale. On y incarne Giulia, une jeune femme confrontée à un drame familial brutal : la mort de sa sœur jumelle, Martha. Ce point de départ, d’une violence immédiate, entraîne le joueur dans une lente descente psychologique où culpabilité, mémoire fragmentée et mysticisme s’entrelacent.

Dès l’introduction, le jeu installe son atmosphère avec la légende de la Dame Blanche, figure folklorique aux multiples versions mais à la constante troublante : elle est toujours trahie, puis assassinée par l’homme qu’elle aime. Un récit qui agit comme un écho prémonitoire et annonce déjà les thèmes de la trahison, de la perte et de la vérité déformée. Martha Is Dead n’est pas un jeu d’horreur classique. C’est un voyage intérieur. Une expérience dérangeante, parfois choquante, mais profondément intime.

Une prise de place irréparable

Le point de départ frappe sans détour : Martha est morte. Sous le choc, Giulia prend sa place. Le fait qu’elles soient jumelles rend la situation à la fois troublante et, dans l’urgence du traumatisme, presque crédible. Ce qui devait n’être qu’une solution temporaire devient pourtant irréversible.

Très vite, cette usurpation d’identité se transforme en plongée dans une vérité familiale que Giulia n’avait jamais vraiment osé affronter. L’amour manifeste de son père contraste violemment avec la haine froide que lui voue sa mère. Cette opposition constante installe un malaise diffus qui ne quitte jamais vraiment le joueur.

Régulièrement, des écrans viennent interrompre l’action pour laisser place au récit intérieur de Giulia. Elle semble se confier directement à nous, comme si nous étions son thérapeute silencieux. Elle oublie. Souvent. Trop souvent. Sa mémoire se fragmente à mesure que l’histoire progresse, et un doute insidieux finit par s’imposer : et s’il n’y avait jamais eu de jumelle ?

Un jeu psychologique plus qu’un jeu d’horreur

Il faut être clair : Martha Is Dead n’est pas un survival horror au sens classique du terme. Ici, pas de gestion oppressante des ressources ni de créatures à fuir en permanence. Le jeu mise ailleurs. On y trouve des QTE, parfois chronométrés, parfois non, ainsi que des séquences profondément dérangeantes — certaines d’une brutalité graphique assumée. Les développeurs ont d’ailleurs laissé la possibilité de censurer les scènes les plus choquantes, voire de les passer entièrement.

Personnellement, je n’en ai esquivé qu’une seule. Mais la question mérite d’être posée : en choisissant la censure, ne passe-t-on pas à côté d’une partie de l’intention artistique ? Car ici, le malaise n’est pas gratuit. Il participe pleinement au propos. Au delà de ça, on nous propose de tirer les cartes une fois par jour pour avoir une idée de notre avenir proche. A nos risques et péril, car les cartes ne se trompent pas et influencent même le cours des choses.

Les cauchemars de Giulia évoquent les meilleurs films d’horreur psychologique. Fantômes, tarot, présence d’esprits, mysticisme omniprésent… L’atmosphère est lourde, presque suffocante. On peut tirer les cartes une fois par jour, tenter d’interpréter les messages, décrypter du morse à certains moments. La narration, volontairement fragmentée, entretient le flou. On doute. De ce que l’on voit, de ce que l’on comprend et de ce qui est réel.

Giulia est rongée par la culpabilité — et la culpabilité, insidieuse, déforme la perception du monde. Plus l’histoire avance, plus la frontière entre réalité et fantasme se fissure.

L’appareil photo, cœur mécanique et symbolique

L’objet central du jeu est sans conteste l’appareil photo. Au fil de l’aventure, on récupère différents accessoires, puis l’on développe ses clichés dans une chambre noire minutieusement reproduite, presque fascinante de réalisme. Sur le papier, l’idée est brillante : manipuler la lumière, révéler l’image, voir apparaître la vérité sous nos yeux. Dans les faits, en revanche, développer des dizaines de photographies finit par devenir répétitif et casse légèrement le rythme.

Mais la photographie dépasse largement le simple cadre du gameplay. Elle devient un symbole. Photographier, c’est figer un instant. C’est prétendre capturer la vérité… ou au contraire la fabriquer. Choisir l’angle, le moment, ce que l’on montre — et ce que l’on cache.

Certaines séquences nous poussent d’ailleurs à emprunter des chemins bien précis pour comprendre la suite des événements. Comme si le décor lui-même cherchait à nous parler. Comme si la mort tentait de corriger une erreur. Et comme si jouer avec l’identité, avec l’absence, avec la disparition, finissait toujours par exiger un prix.

Une narration dense, parfois brouillonne

Le scénario impressionne par sa construction. Les révélations ne se laissent jamais deviner trop tôt, et le récit prend soin de distiller ses indices avec subtilité. Pourtant, la structure des quêtes peut parfois générer une véritable frustration.

De nombreuses missions apparaissent simultanément, sans indication claire de priorité. Certaines en bloquent d’autres, d’autres encore dépendent d’un moment très précis de l’histoire — sans que le jeu ne le signale explicitement. Pire : une fois l’acte final enclenché, certaines quêtes deviennent tout simplement impossibles à terminer. Et rien ne vous prévient. Après neuf heures de jeu, réaliser que tout ne pourra pas être bouclé peut laisser un goût amer, surtout lorsqu’un minimum d’orientation aurait suffi.

Malgré ces maladresses structurelles, l’ensemble demeure d’une grande cohérence. La direction sonore, en particulier, est remarquable. La bande-son ne se contente pas d’accompagner : elle s’impose, parfois elle oppresse. Certaines explosions ne s’entendent pas seulement, elles se vivent presque de l’intérieur.

Car derrière cette expérience vidéoludique se cache un drame intime et politique. On y parle d’une fille de général nazi capable d’aider la résistance de l’intérieur. D’une sœur qui dissimulait sa fausse surdité. D’une culpabilité si lourde qu’elle pousse à l’effacement. D’un possible dédoublement de personnalité.

C’est une histoire familiale que l’on n’aimerait jamais traverser. On n’a aucune envie d’être à la place de Giulia. Parce que parfois, la vérité est si douloureuse qu’il semble plus simple de l’effacer que de l’affronter.

INFORMATIONS

Date de sortie

24 février 2022

Développeur

LKA

Éditeur

Wired Productions

Test réalisé sur

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CONCLUSION

Martha Is Dead est avant tout une expérience psychologique qui laisse une empreinte durable. Le jeu ne cherche pas à effrayer à coups de jump scares faciles, mais préfère installer un malaise progressif, presque insidieux, à travers la lente désintégration mentale de son héroïne.

Certes, la gestion parfois opaque des quêtes et certaines mécaniques répétitives peuvent entamer légèrement le rythme. Mais ces imperfections peinent à ternir l’essentiel : une écriture maîtrisée, une ambiance oppressante et une profondeur narrative rare.

Plus qu’un simple jeu d’horreur, Martha Is Dead s’impose comme une œuvre singulière, troublante, qui explore la culpabilité, le trauma et la fragilité de l’esprit avec une audace peu commune.

+ POINTS POSITIFS

  • Scénario dense et imprévisible
  • Ambiance sonore puissante
  • Direction artistique soignée
  • Thématiques psychologiques fortes

- POINTS NÉGATIFS

  • Gestion des quêtes confuse
  • Certaines phases répétitives
  • Quelques séquences très graphiques pouvant rebuter

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