Après avoir parcouru l’intégralité de GreedFall 2: The Dying World, le constat est nuancé. Cette histoire parallèle, situé trois ans avant le premier opus, nous fait passer du rôle de diplômate à celui de natif. Un changement de perspective rafraîchissant, mais qui s’accompagne d’une mutation radicale du gameplay.
Un scénario « Avatar » à la sauce politique
En effet, la narration constitue l’un des plus grands atouts de cette expérience. Son intelligence impressionne d’ailleurs par sa justesse. Le récit nous plonge ainsi au cœur d’une lutte acharnée pour protéger son peuple face à l’oppresseur. Parallèlement, il tisse une toile complexe entre les avancées de la science et les dogmes religieux. Ce scénario brillant aborde également de front des thématiques profondes comme le colonialisme ou le racisme. Toutefois, le titre traite ces sujets avec une maturité exemplaire. Il évite ainsi les pièges du « wokisme » facile pour privilégier une réflexion nuancée.

Cette maturité se reflète également dans un système de choix basé sur le compromis permanent. En effet, il rappelle la philosophie de The Witcher. Ici, vos décisions ont une incidence réelle sur le monde. Vous plongez ainsi dans une arène politique où rien n’est jamais binaire. De plus, le jeu nous force régulièrement à sortir de notre zone de confort morale. Il nous impose notamment des alliances inattendues avec des personnages aux convictions opposées. C’est donc une exploration fascinante de la zone grise. D’ailleurs, l’intérêt général y prime souvent sur l’éthique personnelle.
Toutefois, cette immersion impose une exigence linguistique parfois décourageante. Le prologue se révèle interminable. Il s’étire sur douze à quinze heures. Durant cette phase, vous passez dix heures à lire des sous-titres en langue native. Par conséquent, l’expérience s’avère épuisante. Les mots ressemblent parfois à une suite de lettres aléatoires tapées au clavier. Cependant, l’anglais arrive plus tard comme une véritable libération. On peut enfin souffler après cet apprentissage ardu.
Personnalisation et Classes : Plus de fond que de forme

La personnalisation physique semble poussée au premier abord. Pourtant, des limites rigides génèrent vite une certaine frustration. Il est impossible de modifier la forme des yeux ou de la bouche. Le maquillage reste également fixe, ce qui limite la liberté créative. Les développeurs auraient dû masquer ces options inutilisables. Cela aurait évité ce sentiment d’inachevé dès la création du personnage.
GreedFall 2: The Dying World brille notamment par sa richesse stratégique et ses systèmes de progression profonds. En effet, le jeu propose douze classes structurées autour de trois piliers : la Protection, la Destruction et la Bienfaisance. Quatre types d’armes complètent également cet arsenal, des arcs à l’escrime en passant par les bracelets de Teer Fradee. Par ailleurs, la force de ce système réside dans sa grande flexibilité. Ainsi, en débutant comme Chasseur, vous pouvez tout à fait changer de voie en cours de route. Il suffit simplement d’investir vos points dans d’autres disciplines. Finalement, cette liberté d’adaptation est particulièrement bienvenue.




L’évolution du personnage dépasse les simples statistiques de combat. Elle repose sur une gestion fine des compétences, des attributs et de six talents spécifiques. Ces derniers influencent directement le déroulement de l’histoire et les interactions sociales. En jonglant entre ces leviers, le joueur façonne l’efficacité de son héros sur le terrain. Il développe aussi sa capacité à naviguer dans les intrigues politiques et les dilemmes moraux du jeu.



Un gameplay qui « refroidit » les fans d’action
Le passage au format RPG tactique marque un tournant radical. Ce choix pourra déstabiliser de nombreux joueurs. Le tutoriel remplit parfaitement son rôle et expose clairement les mécaniques. Pourtant, le résultat global manque cruellement de punch. L’expérience devient plus molle et moins dynamique que dans le premier volet. Cela change considérablement le rythme des affrontements.

Pour gérer les combats, GreedFall 2: The Dying World s’appuie sur une pause tactique. Elle permet de programmer minutieusement les actions de ses compagnons. On peut aussi basculer instantanément d’un personnage à l’autre pour les diriger. Un aspect « loterie » omniprésent tempère toutefois cette profondeur stratégique. Le succès de chaque action dépend de pourcentages parfois capricieux.
Il arrive de rater une action avec 75 % de chances de réussite. À l’inverse, on peut réussir un coup improbable à 15 %. L’impossibilité de retenter une action après un échec reste le point le plus frustrant. Le joueur doit alors accepter les caprices de la probabilité, même s’ils paraissent injustes.



Le talent de « Pistage » impacte lourdement l’exploration. Il devient indispensable pour repérer les traces ou dénicher les objets. En effet, l’œil nu les distingue trop difficilement. Cette nécessité mécanique finit par nuire à l’esthétique du jeu. On passe la moitié du temps avec ce mode activé. Cela plonge l’écran dans un filtre rétro en noir et blanc. Ce choix de design est regrettable. Il finit par masquer et gâcher la direction artistique du monde.


GreedFall II: The Dying World : Le quotidien du Constanzia
Le système de voyage s’articule autour du Constanzia. Ce navire Naute devient rapidement le cœur de votre aventure. Le vaisseau ne sert pas uniquement de moyen de transport entre les îles. Il fait aussi office de quartier général et de point de téléportation central. Ce navire offre ainsi un refuge familier au milieu de l’immensité océanique.

La gestion des compagnons constitue un autre pilier essentiel de l’expérience. Elle demande une attention constante sur le champ de bataille et en dehors. Vous devez veiller à leurs attributs et à leurs compétences. S’investir dans leurs quêtes dédiées permet de renforcer vos liens. La réputation entretenue avec chacun est capitale. Elle ouvre parfois la voie à des relations romantiques. On regrettera cependant la nervosité de leurs déplacements. Ils bougent sans cesse, ce qui rend le déclenchement des dialogues fastidieux.


Le repos stratégique dicte également le rythme de l’aventure. Cette mécanique permet de réinitialiser le monde et les ennemis environnants. C’est un outil précieux pour restaurer la santé de l’équipe. Il permet aussi de passer du jour à la nuit. Cependant, ce système impose une organisation rigoureuse lors de vos expéditions.
Par ailleurs, le système automatique facilite le ramassage du butin en combat. Pourtant, la gestion de l’inventaire reste une préoccupation majeure. Le jeu applique strictement le poids des objets. Vous devez donc surveiller régulièrement votre charge pour éviter l’encombrement en pleine exploration.
Technique et Level Design : Le revers de la médaille

Sur le plan visuel, le jeu remplit sa part du contrat. Il ne brille pas pour autant par sa modernité. Les graphismes accusent en effet un certain retard technique. Cette impression de datation se ressent surtout dans la rigidité des animations. Les visages manquent cruellement d’expressivité. La gestuelle de certains personnages paraît souvent forcée ou exagérée. Des collisions maladroites entravent également l’exploration. Les murs invisibles sont nombreux. Enfin, l’impossibilité de sauter ou de descendre de petits rebords s’avère frustrante.
Le level design renforce ce sentiment de contrainte. Les environnements sont souvent alambiqués. On se retrouve régulièrement piégé dans des structures en couloirs. Pourtant, on espérait un monde vaste et ouvert. Cela nuit à la sensation de liberté. De plus, les zones d’investigation manquent de précision. Elles sont parfois trop étendues. On peut errer de longues minutes pour un simple objet. La curiosité devient alors une tâche fastidieuse.

L’expérience souffre de plusieurs absences notables. Elles auraient pourtant amélioré le confort de jeu. L’absence de mode photo est regrettable pour un univers si particulier. Il manque également un système de transmogrification. La personnalisation de l’équipement se limite ainsi au simple masquage du chapeau. À cela s’ajoute une rareté flagrante des marchands dans les zones reculées. Cela impose des allers-retours incessants vers la ville pour vider son sac.

