Après avoir testé BrokenLore: LOW, une excellente surprise soit dit en passant, il était évident pour moi de me plonger dans le nouveau jeu du studio Serafini Production. Pour rappel, le studio prévoit de sortir plusieurs titres dans les mois à venir, notamment Unfollow et Follow, que j’attends avec impatience. Mais en attendant, que vaut ce nouvel opus ? Découvrons-le ensemble.

Quand l’isolement devient horreur
Dans BrokenLore: Don’t Watch, le joueur incarne Shinji, un homme en apparence ordinaire, mais profondément marqué par une peur viscérale du monde extérieur. Plus qu’un simple reclus, Shinji est un hikikomori : une personne qui choisit de s’isoler totalement, coupant tout lien avec la société.
C’est depuis son appartement, devenu son unique refuge, que l’on découvre son quotidien. Un quotidien fait de silences pesants et de scènes troublantes : une simple livraison de pizza suffit à le plonger dans une panique incontrôlable, incapable d’ouvrir sa porte à l’inconnue. Sa mère, omniprésente par téléphone, ne cesse de le comparer à son frère, figure de réussite et d’équilibre. Et comme si cela ne suffisait pas, un collecteur de dettes l’accable, incarnant une pression financière oppressante.
Dans cet univers clos, Shinji semble avoir trouvé un semblant de stabilité. Jusqu’au jour où il reçoit un appel de Junko, une ancienne connaissance issue d’un programme de réinsertion. Ce contact inattendu vient bouleverser son isolement… et marque le début d’une descente aux enfers.
Un simple avertisement
C’est par le biais de son ordinateur que Shinji renouvelle le contact avec Junko, une ancienne connaissance. Elle lui fait part d’une information alarmante : leur ami Hideo, qui vivait une situation similaire, se sentait observé dans son propre appartement, une présence invisible mais omniprésente. Shinji, habitué à l’isolement, perçoit ces propos comme une manifestation de paranoïa, une peur irrationnelle née de la solitude. Il ignore les avertissements de Junko, jusqu’à ce que les nouvelles annoncent la mort tragique de Hideo dans des circonstances mystérieuses.
Junko, elle, ne doute pas une seconde : ils seront les prochains. Mais Shinji reste sceptique. Cependant, lorsqu’un bruit retentit à la porte de son appartement, il prend soudainement conscience que la situation est bien plus grave qu’il ne l’imaginait. À cet instant précis, il comprend que son appartement, loin d’être un refuge, est devenu un piège, envahi par des yeux invisibles qui le scrutent sans relâche.


T’as d’beaux yeux tu sais !
À la porte d’entrée, une silhouette monstrueuse vous attend dans l’ombre : une créature issue du folklore japonais, un yōkai nommé Hyakume, littéralement « cent yeux ». Mais ces yeux ne sont pas là pour voir, ils sont là pour juger. Ils incarnent la peur la plus profonde de Shinji : le regard des autres, ce regard social qui pèse, évalue, condamne.
Shinji croyait avoir trouvé refuge dans son appartement, un espace clos censé le protéger de la pression du monde extérieur. Mais cette illusion se brise brutalement. Il n’est plus seul. L’isolement qu’il pensait sécurisant se transforme en piège, et il comprend qu’il n’a plus d’autre choix : il va devoir affronter ces regards. Fuir n’est plus possible.
Le cœur du jeu se dévoile alors. Votre véritable objectif ne sera pas de survivre physiquement, mais psychologiquement. Il faudra affronter la peur, affronter le regard, affronter Hyakume. Et face à cette créature, une seule question se pose : aurez-vous le courage de soutenir son regard, ou choisirez-vous de détourner les yeux ?
Gameplay Minimaliste pour une immersion maximale
Comme dans BrokenLore : Low, les mécaniques de gameplay dans Don’t Watch restent volontairement simples et discrètes. Aucun tutoriel affiché à l’écran, aucun HUD envahissant : le jeu vous plonge directement dans l’expérience, sans vous prendre par la main. Mais pas d’inquiétude à avoir, Don’t Watch n’est pas un jeu difficile. Son objectif n’est pas de vous mettre à l’épreuve sur le plan technique, mais de vous faire vivre une expérience profondément psychologique.



En cas d’échec, vous serez simplement renvoyé au dernier point de sauvegarde, généralement placé juste avant la scène problématique. Le jeu est donc conçu pour maintenir une tension constante, sans pour autant vous punir sévèrement. Pas d’énigmes complexes à résoudre non plus : Don’t Watch cherche avant tout à vous faire ressentir, à vous immerger dans le mal-être de son personnage principal. Plus qu’un jeu, c’est une plongée dans l’esprit troublé d’un homme au bord du gouffre.

Une pression constante
BrokenLore : Low avait déjà su capter mon attention et m’offrir une expérience mémorable, mais BrokenLore : Don’t Watch parvient à aller encore plus loin. Si je devais choisir entre les deux, il serait difficile de trancher, tant les deux titres ont leurs qualités. Toutefois, après avoir exploré les recoins de l’univers de Shinji, je dois avouer que Don’t Watch est désormais mon préféré.
La raison est simple : ce jeu aborde des thèmes puissants et profondément humains. L’isolement, la peur du regard des autres, et l’intrusion dans la psyché d’un homme fragile sont des sujets abordés avec une telle intensité que l’expérience en devient presque thérapeutique. Don’t Watch ne se contente pas de nous effrayer par des monstres et des créatures horrifiques, mais il nous confronte à nos propres angoisses, celles qui naissent de la pression sociale, du jugement constant, et de la solitude intérieure.
Contrairement à d’autres jeux où le gameplay prime sur l’expérience émotionnelle, Don’t Watch place l’immersion au cœur de son propos. L’absence d’énigmes complexes, la simplicité des mécaniques de jeu, tout est fait pour laisser place à une atmosphère unique, où chaque geste, chaque regard, semble porteur de sens. Ce n’est pas seulement un jeu, mais une véritable expérience introspective, une invitation à regarder en soi-même et à affronter ses propres peurs.





