Mise en garde
Êtes-vous à la recherche d’un jeu unique, qui offre une expérience différente de tout ce que vous avez pu jouer auparavant ? Wednesdays est peut-être celui qu’il vous faut. Mais avant de vous lancer dans cette aventure, il est impératif que je vous mette en garde : ce jeu, loin d’être joyeux, risque clairement de vous mettre mal à l’aise, voire de raviver de douloureux souvenirs.
Au programme : des thèmes lourds et dérangeants, comme la violence sexuelle sur mineur, la pédophilie, le suicide, et le questionnement sur l’orientation sexuelle durant l’adolescence. Ces sujets sont abordés de manière brute et sans détour, créant une expérience qui, bien qu’impactante et réaliste, peut être difficile à supporter pour certains. Wednesdays ne cherche pas à choquer gratuitement, mais à offrir une réflexion sans filtre sur des réalités cruelles et complexes.

Un récit prévenant
Dès le début, le jeu met en garde sur les thématiques qu’il aborde et offre à tout moment la possibilité de passer certaines scènes difficiles. Wednesdays raconte l’histoire d’une victime qui a été crue et soutenue par sa famille, lui permettant ainsi de se reconstruire et de tourner la page.
Un parcours qui, s’il est porteur d’espoir, peut aussi rappeler que toutes les victimes n’ont pas cette chance, ajoutant ainsi une dimension émotionnelle et un stress supplémentaire pour certains joueurs.
Une plongée bouleversante
Dans Wednesdays, vous incarnez Timothée, alias Tim, un jeune garçon dont l’apparence frappe immédiatement : il n’a pas de visage, seulement un carton sur la tête. Ce choix artistique intrigant prend tout son sens au fil du jeu, alors que vous plongez dans ses souvenirs.
À travers son enfance, vous revivez ses moments de joie, ses doutes, ses questionnements sur son orientation sexuelle, mais aussi son rejet de la parentalité. Wednesdays ne se limite pas aux instants heureux : le jeu aborde aussi des thèmes plus sombres, notamment les attouchements qu’il a subis étant plus jeune. Un récit poignant qui ne laisse personne indemne.


Un voyage dans le passé pour affronter l’inoubliable
La tâche s’avère plus complexe qu’il ne l’imaginait. Vingt ans après avoir essayé d’oublier, Timothée se rend compte qu’il ne peut pas fuir son passé. Il entreprend alors un voyage dans ses souvenirs, un long chemin qui va l’amener à affronter des moments enfouis de son passé.
Dans ce dédale de souvenirs, vous allez découvrir son enfance : des instants de bonheur chez sa grand-mère, sa première fois avec Laetitia, ou encore une nuit marquante au chalet en compagnie de Lucie.
Mais s’il veut vraiment dépasser ce traumatisme, il va devoir se souvenir de tout, même des détails qu’il aurait préféré oublier. Ses souvenirs éparpillés dans l’espace vont vous demander de rassembler les pièces… Et au fil de votre progression, vous réaliserez que la vérité était là, sous vos yeux, depuis le début.
Redécouvrez votre passé dans Orco Park
La redécouverte de vos souvenirs se fait à travers un jeu, Orco Park. Une fois sur l’île, vous devrez placer des attractions qui sont, en réalité, vos souvenirs. Chaque visualisation de souvenir a un coût, exprimé en coquillages, que vous collectez en terminant des souvenirs ou en les ramassant sur la plage.
Vous pourrez également décorer l’île avec divers éléments pour améliorer la satisfaction des visiteurs. Aucune défaite n’est possible, ce qui permet d’ajouter un objectif supplémentaire pour le joueur et d’apporter un peu de légèreté à l’expérience, car soyons honnêtes, sans cela, le jeu serait vraiment déprimant. Ce petit côté joyeux équilibre parfaitement l’ensemble.
Tout au long de votre aventure, vous êtes accompagné par Orco, un orc enthousiaste qui se réjouit de vous retrouver. Ce jeu, vous y avez joué étant plus jeune, et il est essentiel pour vous rappeler de vos souvenirs !

Un jeu sans filtre
Comme mentionné précédemment, Wednesdays ne se limite pas seulement à traiter des violences sexuelles. Le jeu aborde également d’autres thèmes profonds, comme le refus de Timothée de devenir père. Cette question soulève des interrogations : est-ce lié à son enfance, à son passé traumatique ? Le jeu s’intéresse aussi à son orientation sexuelle durant son adolescence, se demandant : comment savoir si l’on est gay, hétéro ou bi ?



En termes de narration, Wednesdays adopte un ton brut et sans détour. Les textes sont souvent crus, et le jeu n’hésite pas à utiliser des mots forts. Cela peut choquer, mais c’est aussi un choix important : non seulement pour être honnête avec le joueur, mais aussi pour prévenir sur les thèmes abordés. Il n’y a pas de filtre, ce qui permet d’aborder les sujets de manière directe, tout en respectant la réalité des expériences vécues.
Le jeu inclut aussi un chapitre qui rappelle que chaque parcours est différent. Il souligne que les expériences varient d’une personne à l’autre, que ce soit en termes de durée ou de contexte, mais chaque histoire reste unique.

Ça arrive à n’importe qui
Wednesdays n’est pas un jeu destiné à un public spécifique (à part bien sûr, l’avertissement concernant les thématiques). En d’autres termes, il n’est pas nécessaire d’avoir vécu une expérience traumatisante pour pouvoir y jouer. Au contraire, le jeu nous rappelle que ce genre de drame peut toucher n’importe qui, à n’importe quel moment. Il nous plonge dans des scènes apparemment ordinaires, comme un après-midi à jouer aux jeux vidéo entre amis (avec une jolie référence à Zelda), ou encore une après-midi de jeux entre deux garçons qui s’amusent à la guerre.
Ces moments anodins, tout comme d’autres éléments du jeu, rappellent subtilement que la réalité de ces violences peut survenir dans des situations qui semblent banales.
Ce qui est aussi intéressant, c’est de voir l’autre côté, celui des parents, qui, souvent, ne réalisent pas ce qui se passe. Le jeu met en lumière ce manque de vigilance, cette incompréhension ou cette incapacité à voir ce qui ne va pas.
Durée de l’immersion
Il vous faudra environ 1h30 pour retrouver vos souvenirs. Une durée qui, à mon sens, est parfaitement équilibrée, ni trop longue ni trop courte. Durant ce temps, vous explorerez l’enfance de Timothée, ses années d’adolescence et son évolution à un âge plus avancé. Bien que certains sujets auraient pu être approfondis, cette approche permet de mieux s’immerger dans l’histoire de Timothée.
En fin de compte, chaque histoire est différente, et c’est ce qui rend cette expérience si personnelle.


Un duo gagnant
Les graphismes de Wednesdays s’inspirent de l’esthétique de la bande dessinée, créant une expérience visuelle à la fois captivante et artistique. Cette approche contribue à renforcer l’immersion dans le jeu, en offrant une dimension graphique qui ne se contente pas de servir l’histoire, mais la magnifie.
Concernant l’aspect sonore, le choix de ne pas ajouter de doublages s’avère judicieux. En l’absence de voix, le jeu se concentre sur des bruitages minimalistes, tels que le son de griffonnages, ce qui amplifie l’atmosphère et évite d’alourdir l’expérience. Ce choix renforce l’intensité émotionnelle du jeu, tout en conservant une certaine intimité et en laissant le joueur s’impliquer davantage dans l’univers. C’est une approche audacieuse et parfaitement exécutée qui, à mon avis, contribue pleinement à la réussite de l’expérience.






